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Inquiétudes pour la vie culturelle
De longue date nous avons pris l’habitude dans les manifestations de Zebrock de souligner que pour l’essentiel elles étaient rendues possibles par l’argent public dont nous disposons, notamment le soutien financier conséquent du Conseil général de la Seine Saint-Denis et de la Région mais aussi de la Drac et divers services de l’Etat.
Ces moyens relèvent de ce qu’on appelle communément l’intervention publique dans le domaine culturel.
Sa place importante dans les financements de la culture est une caractéristique de notre pays. Elle permet en principe de garantir l’indépendance des créateurs, une juste rémunération du travail des artistes et professionnels du spectacle et de la culture et surtout elle doit garantir un principe démocratique essentiel qui est que la culture est un droit pour tous et qu’il ne suffit pas de le proclamer pour que chacun/e en fasse son affaire. Au contraire il faut développer l’action culturelle, travail passionnant et minutieux, toujours fragile. En effet, on n’aime que ce qu’on a appris à aimer.
Donc l’argent public est utile et nécessaire. Il crée des emplois, produit de l’activité.

Mais depuis des années nous entendons sourdre la mauvaise musique de la réduction des dépenses publiques, du déficit et autres mots dont les directives de Bruxelles sont pleines et régulièrement repris par ceux qui font l’opinion dans les médias. Depuis plusieurs années le vent glacial du populisme instille l’idée que décidemment la musique et le théâtre, la poésie et le cinéma de création coûtent trop cher, sans jamais au demeurant, interroger les sommes folles que draine le marketing du cinéma ou celui du sport…

Ces lourdes menaces sur l’art, la création, la culture et la diffusion des savoirs se précisent. La reforme des collectivités territoriales, la suppression de la taxe professionnelle voulues à tout prix par le gouvernement et le chef de l’Etat, auront à court terme des conséquences dramatiques et pas seulement pour la vie culturelle. L’obsession de la réduction des dépenses publiques (qui jamais ne veut prendre en compte leur intérêt collectif) et celle de la mise en concurrence, toutes deux drapées de la « légitimité » des traités européens se mêlent pour organiser des coupes sombres dans tout ce qui fait l’en-commun de notre société, tandis que l’impôt, facteur de justice, d’efficacité et de cohésion, est voué aux gémonies. Privées de ressources et asphyxiées, les collectivités verront leur marge de manœuvrer réduite. Le prix de cette dérive sera particulièrement lourd ici en Seine Saint-Denis où le tissu social s’est de longue date bâti sur des dépenses publiques et l’intérêt collectif. Alors que l’essentiel des dépenses culturelles (près de 80%) sont en France assurées par les collectivités territoriales (villes, départements et régions) l’amputation de leurs moyens financiers met en péril ce qui a été patiemment construit et a fait ses preuves. En outre, la suppression de la compétence générale des collectivités (principe de libre administration profondément républicain) qui les priverait du droit d’aller au-delà que ce que la loi leur impose de faire achèverait ce sombre tableau. Or, la culture n’est pas une compétence obligatoire !

Face à ces menaces les acteurs culturels de Seine Saint-Denis ont souhaité solidairement interpeller les collectivités, au premier rang desquelles le Conseil général dont l’action dans ce domaine est de longue date déterminante et particulièrement marquante dans le paysage national. Un courrier adressé début décembre au Président du Conseil général, Claude Bartolone, signé par de nombreuses structures culturelles, appelait à une mobilisation rapide et publique. Message reçu : le 19 décembre, le Président invitait les acteurs culturels à une réunion publique à la MC93. A cette occasion un texte signé par 41 structures (pdf ci contre) a été lu tandis que le Département lançait un appel « La culture en danger ».
Les structures culturelles ont notamment demandé à ce que soient sanctuarisés les budgets de la culture en Seine Saint-Denis après les interventions inquiètes de Claude Bartolone dans la presse quant au budget départemental et aux subventions associatives. Les acteurs culturels font notamment état de la (mauvaise) portée symbolique qu’aurait une réduction des dépenses culturelles en Seine Saint-Denis et de ce que celles-ci représentent à peine 1% du budget départemental.
Au même moment la Région a voté un budget culturel en hausse de 2,3% et il est intéressant de noter que tant Jean-Paul Huchon (Président PS de la Région) que Francis Parny (vice-président PCF à la culture de la région) entendent porter la revendication d’un doublement du budget de la culture pour le prochain mandat, lors de leur campagne respective pour les prochaines élections régionales.

Il reste que le mauvais scénario se met en place, la Révision générale des politiques publiques (que nous ne pouvons, avec les personnels du Ministère de la culture durement frappés, nous empêcher de qualifier de « Régression générale des politiques publiques ») instaure un climat malthusien là où les besoins sont immenses : le savoir, la culture et la création artistique. Les semaines qui viennent seront celles de nombreuses mobilisations des acteurs de la culture auxquelles s’associeront, nous en sommes convaincus, de nombreux élus, responsables politiques et syndicaux et surtout le public, les usagers de la vie culturelle. Nous ne manquerons pas de vous en tenir informé/e/s.
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