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|  | | | | | | | | | | | | | Chroma/Zebrock et les démarches éducatives | | | Les démarches de rencontres culturelles éducatives sont porteuses d’une double ambition dont les composantes ne peuvent être dissociées : le progrès social, entendu comme progrès de l’humanisation et donc, pour le rendre possible concrètement, l’accès de tous les êtres humains à tout l’existant d’aujourd’hui, en particulier à celui qui n’est pas partagé par tous, notamment celui de la création (artistique, de la science, des idées, de l’histoire, toutes dimension particulières des activités humaines).
C’est sur cette feuille de route que s’inscrit l’action de Chroma/Zebrock et, en particulier, Zebrock au bahut. C’est l’appropriation par l’équipe professionnelle de cette association de cette ambition et sa volonté de lui donner forme concrète qui a tracé les traits de la démarche mise en œuvre, une démarche porteuse d’un véritable processus d’acculturation, très au-delà d’une simple sensibilisation qui, soit dit en passant, si cette expression est prise au sérieux, signifie plus que le simple contact passager et superficiel avec un artiste ou une œuvre. Sensibiliser, c’est en effet donner sens, ce que les porteurs d’allergies connaissent bien !
Aussi, placer l’artiste au centre d’une démarche culturelle, comme d’ailleurs mettre l’élève au centre de l’action d’enseigner, vieille formule aujourd’hui reprise par Sarkozy dans sa lettre aux éducateurs sous la forme « donner à chacun ce qu’il peut recevoir »,sont des leurres du point de vue de l’acculturation au-delà des limites tracées par les rapports sociaux et le déterminisme social qui en résulte. Car ce qui s’accumule constituant une histoire d’un champ artistique, scientifique ou autre, ce sont les œuvres des créateurs, ces apports concrets qu’ils produisent et mettent à la disposition de ceux qui peuvent s’en emparer ou pour lesquels les conditions sont créées pour qu’ils puissent s’en emparer.
Ainsi, c’est l’œuvre qui affirme l’artiste et sa rencontre avec des êtres humains ( durant la vie du créateur ou après sa mort quand la société, ceux qui la dominent, résistent trop au neuf proposé).
Il ne suffit pas de s’autoproclamer artiste ou créateur pour l’être. Et l’on peut être artiste ( très bon artisan au regard des critères reconnus dans le domaine où se fait le travail) sans être un créateur, c'est-à-dire un contributeur à l’accumulation ( verticale) qui bâtit l’humanité, son humanisation, en même temps qu’elle se bâtit elle-même.
Il en découle qu’une proposition d’action culturelle qui met en avant une pratique comme élément central de l’action, fut-ce avec l’artiste lui-même instrumentalisé, qui devient du coup un obstacle à la rencontre avec son œuvre comme avec les autres œuvres, contourne ce qui est susceptible de conduire à la rencontre avec la création véritable qui n'est pas l’application d’un savoir-faire, mais la construction, sur la base d’une connaissance, sans cesse élargie des activités humaines et de la réalité sociale, de rapports neufs apportant des ouvertures inexplorées, heuristiques comme il est dit dans la recherche scientifique.
Il en résulte également que cet apport se situe directement sur le terrain de la mission centrale de l’école qui est de transmettre des connaissances et que, du coup, le transfert de charges n’est plus subi mais revendiqué, en même temps que se voit écartée la possibilité d’écart avec les savoirs scolaires pourtant élément pointé de la possible efficacité de l’efficacité éducative sur le terrain de la réussite scolaire de l’action culturelle.
Ainsi, loin d’œuvrer à la réussite scolaire des élèves les plus concernés par cette question, ceux des milieux populaires, cette démarche contribue à la réduction d’autres champs d’apprentissage dans lesquels les dits élèves échouent déjà largement, champs dont les horaires ont été amputés au fil des réformes au nom de la lourdeur des journées ou de l’accumulation des connaissances proposées, si ce n’est au nom de leur trop grande difficulté pour les élèves qui devaient les assimiler.
De plus, au lieu de dialoguer avec les autres champs disciplinaires et d’en faciliter chez l’élève la construction d’un sens pour lui, la pratique focalise l’activité sur ses propres exigences et ne peut ouvrir à un réinvestissement des acquis puisse qu’il faudrait pour cela qu’ils soient travaillé en ce sens, ce que ne peut faire l’artiste comme l’enseignant ne peut apprendre à ses élèves les techniques de l’artiste ( à chacun son métier, ce qui est aussi une prescription du rapport ESCOL.
Cette réalité est de longue date attestée. S’y ajoute le fait que pour subvertir le déterminisme social porté par l’école pour la part qui lui revient, il faut sortir de ses contenus habituels marqués des objectifs que lui assigne le dominant, dont la reproduction sociale, et proposer aux élèves des rencontres avec les œuvres de création qui peut permettre à toutes et à tous d’être dans une situation moins normée par rapport à la proposition qui leur est faite.
Pour cela, il faut que cette proposition soit dans un rapport d’étrangeté avec ce que propose l’école, une proposition neuve dans laquelle l’investissement de l’élève n’est pas limité par des pré requis, des attitudes et des certitudes et à propos de laquelle celui-ci puisse se sentir apte, comme tout autre, à construire de l’intelligence ( au sens premier de compréhension des tenants et des aboutissants de la proposition, ce qui inclut la conscience de la capacité à cette intelligence) pour peu que les conditions en soient créées.
Et c’est là qu’intervient la médiation si essentielle chez les êtres humains. Car il n’y a pas d’effet magique à attendre de la présence de l’artiste devenu enseignant, car qui pourrait croire qu’un procès de création véritable s’inscrive entre les murs d’un collège ( ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas possible de faire quelque chose avec les élèves pour une restitution spectaculaire finale, mais sommes-nous sur le terrain de l’ambition déclarée conservée par les initiateurs de l’offre nouvelle ?). Certes la présence de l’artiste à son côté sympathique, polarisateur, mais pour faire quoi ? Un club de fans ? De la même façon qu’il n’y a pas d’effet magique dans la simple mise à proximité de l’œuvre ( cela se saurait depuis longtemps), du point de vue de la mise en échec du déterminisme social. L’usage de la culture à des fins d’insertion ou de paix sociale l’aurait montré. Et la culture servit par TF1 a-t-elle jamais conduit à permettre à des êtres humains de mieux maîtriser leur vie et la vie sociale ? L’ex patron de cette chaîne avait clairement signifié que tel n’était pas sa préoccupation.
L’enrichissement, la construction de l’intelligence, de la conscience ( la capacité spécifiquement humaine de savoir sa vie et d’en construire la connaissance dans le rapport aux autres êtres humains, la science de n’être humain qu’ensemble) ne résulte d’aucune spontanéité. Ils sont toujours médiatisés. L’équipe ESCOL a pointé avec une extrême précision tous les éléments déjà connus qui peuvent conduire à la réussite de l’action culturelle éducative engagée, c'est-à-dire au désir de poursuivre les et des rencontres, au-delà même du champ exploré dans la démarche et au réinvestissement dans les apprentissages scolaires pour y réussir.
Ce désir, il naît de l’expérience, seule à même de combattre ce sentiment d’éloignement, voire d’interdiction d’accès résultant de l’intériorisation des rapports de domination, expérience permettant de me construire du sens pour moi, des raisons personnelles du bien fondé de la rencontre proposée avec l’œuvre de création.( Il faut redire que la création existe dans tous les champs de l’activité humaine, totalité qui constitue la culture dans son acception première.
Et cette expérience ne peut réussir, au-delà des aléas du hasard, qui si elle est engagée, soutenue, prolongée par des adultes médiateurs, attentifs d'éviter que des obstacles ne se constituent et à favoriser un travail de chaque élève pour que soit possible l’appropriation proposée.
Ce travail est lui aussi essentiel ; Mais il prend un statut différent de celui qui est connu à l’école. Il ne se situe pas dans un cadre d’obligation, mais dans celui d’un besoin porté par l’élève comme le signe de son engagement dans la démarche d’enrichissement personnel. Il ne conduit pas à une notation, à des comparaisons avec les autres, mais même exigeant effort, il participe à une démarche de libération. Qui ne voit que pour parvenir à un tel résultat , il faut des médiateurs qualifiés, attentifs à ce qui se passe, susceptibles de prendre en compte ce qui bouge. C’est justement encore l’une des recommandations du rapport d’ESCOL.
Car malgré reçue, largement portée par le courant biologique dominant la psychologie, il n’y a pas d’élèves qui apprennent sans travail, il n’y a pas d’acquis sans travail, justement parce que les choses à acquérir me sont extérieures et que je dois bien me les incorporer. Mais ce travail peut passer inaperçu de celui là même qui l’exécute tant il s’inscrit pour lui dans une activité vécue comme normale ( certains diraient naturelle). Et l’objectif est bien que cette activité de travail devienne joie, comme le souhaite Georges SNYDERS pour tous les élèves, notamment ceux pour lesquels la mission de l’école ou de la culture telle qu’elle est aujourd’hui définit n’est pas de les faire grandir ( ou réussir à acquerir les connaissances disponibles).
Car si l’être humain se distingue des autres êtres vivants par le travail ( sa capacité à transformer la nature et, ce faisant de se transformer lui-même), la nature de ce travail peut être largement détournée vers autre chose que la construction de notre humanisation individuelle et collective, comme c’est le cas dans notre société.
Du coup, la qualité des médiateurs également dans leur capacité à travailler ensemble dans une démarche réellement construite en commun jusque dans ses attendus les plus profonds, notamment les raisons d’être de la démarche, ses ambitions, son sens politique, est une question elle aussi essentielle.
L’équipe ESCOL le souligne avec force et insistance : sans cette cohésion où chacun a pleinement conscience de sa place et de ce qu’il peut apporter à l’ensemble, l’action ne peut aboutir. Et travailler à renforcer la compréhension commune, l’intelligence commune des médiateurs ( enseignants, personnels associatifs, autres acteurs de l’action dont les artistes impliqués, est primordial.
Au bout du compte, le temps de pratique, aussi long soit-il, ne conduit même pas à la petite ambition de la sensibilisation conçue comme une première approche dont il est avéré qu’elle ne conduit en rien à une subversion du déterminisme social, ni non plus à constituer du désir comme le montre de nombreuses études. Et ce n’est pas les conditions complémentaires incluses dans l’offre culturelle « nouvelle » en direction des collèges qui changent la donne, car le socle de l’action, la rencontre avec l’œuvre de création, est évacuée.
Il s’agit de questions trop fondamentales pour une action « politique » progressiste pour qu’elles soient mises hors jeu de façon dilatoire.
Il y a nécessité à ce qu’un véritable échange puisse avoir lieu à partir de l’ambition préalable exprimée par le Président du CG : continuer le travail accompli pour l’amplifier encore. Cela ne peut se faire en mettant en péril des actions dont l’évaluation constante à des fins d’efficacité renforcée a été le moteur de leur évolution permanente.
Zebrock au bahut en est l’exemple même.
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